Quelques extraits de récits biographiques
Parce qu'il est essentiel de se faire un avis sur le biographe que l'on sollicite, je partage sur cette page des expériences d'écriture et des extraits de divers récits rédigés par mes soins.
Pendant plusieurs mois, j’ai rédigé le récit biographique d’Antoine, et pourtant, cet homme, je ne l’ai jamais rencontré.
Tout commence à la campagne où la voix d’Antoine se déploie au détour des balades dans son jardin. Il raconte sa vie, ou plutôt ses vies, et dévoile ainsi son existence, encouragé par la curiosité de son arrière-petit-fils F. qui passe avec lui ses mercredis après-midi. Catherine, maman de F.- celle qui me sollicitera bien des années plus tard pour rédiger la biographie de cet homme hors du commun - ne perd rien de ses confidences. Et pour cause, avec l'accord d'Antoine, pendant deux ans, elle enregistre tout. Garder une trace, transmettre, c'est tout cela à la fois qui trotte dans la tête de sa petite-fille. Et, bien au-delà, l’amour qui domine tout.
Quand Antoine s’éteint, les séquences sonores conservées transforment pendant de longues heures Catherine en scribe silencieuse. Puis, le temps, les années, protègent jalousement les précieuses retranscriptions, jusqu’à notre rencontre.
Ce jour-là, Catherine me confie son trésor inestimable accompagné d’une multitude d’archives – photographies, livrets de famille, etc.- et me charge alors de la rédaction d’un projet d’écriture considérable. Pendant des mois, nous échangeons toutes les deux : je l’écoute me parler avec passion d’Antoine et de sa grand-mère. Et, avec tout ce matériau chargé d’émotion, je tisse des liens entre les diverses informations, je les structure, les organise, je me questionne, je fais des recherches, et je rédige pendant des heures ce texte que je façonne jusqu’à en faire un livre, celui-là même qui immortalise la vie des aïeux de Catherine et de ses proches, et qui leur rend hommage :
Antoine, l'homme aux cent vies.


Je remercie infiniment Catherine d'avoir autorisé le partage de cette expérience.
La biographie d’une personne disparue : comment faire revivre un proche à travers l’écriture.
Avec Virginie, nous nous sommes rencontrées un bel après-midi d'été, au bord de l’Océan. Nous avons d'abord partagé toute l’émotion d'un tel engagement littéraire. Et puis j'ai commencé à lui raconter mes souvenirs de ce que j’avais retranscrit des paroles enregistrées de mes grands-parents, retraçant les événements phares de leur vie. Durant 20 années, j'ai essayé en vain de donner naissance à un ouvrage. Virginie a su, avec délicatesse, encouragement et professionnalisme mener ce travail colossal. Nous avons réussi ensemble à donner vie à cet ouvrage, précieux à mon cœur.
Nous permettons ainsi à mes aïeux de continuer à raconter leur histoire à tous leurs descendants
Encore une fois, Merci
Catherine Lartigue
★★★★★
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Extrait d'un épisode du récit d'enfance de Paul R., 78 ans.
Simple négligence
Et quand maman a crié, je me suis rappelé l’oubli. Immédiatement. Je n’ai pas bougé, ou à peine. J’étais figé, mais pas encore tout à fait sourd au tic-tac de l’horloge. Alors, j’ai fait venir la pression à mes oreilles, en contractant les muscles de la mâchoire, me concentrant pour n’entendre qu’un bourdonnement, pour m’isoler. Et j’ai levé lentement les mains et bouché de mes index les orifices pour condamner l’entrée au chaos extérieur, pour gagner l’accès au silence. Et ce bourdonnement interne s’est amplifié. Je me suis dit qu’en me concentrant sur la sensation de pression qui montait, je me suis dit que je ne l’entendrai pas, la colère de maman. Mon cerveau vrombissait, et à l’intérieur de moi, ça bouillonnait. Mais rien de tout cela ne servait à masquer sa voix :
« Paul !
Plus fort :
- Paul ! Réponds !
Et d’un coup je retire mes doigts, car je sais qu’il ne pourra pas y avoir de troisième fois. Cela n’existe pas chez nous : deux appels et pas un de plus, sinon…
Je lève les yeux, je regarde maman, et me heurte à la déception qui se lit sur son visage. La consigne, toujours la même, était simple et tenait en quatre étapes impératives :
Nettoie le fond, mets des graines, change l’eau, et ferme la porte.
Consigne identique, chaque jour.
Mais on ne pense pas à l’oubli qui arrive comme ça, parce qu’on répète les gestes par habitude et qu’on ne sait plus, parfois, si on a accompli l’action hier, ou aujourd’hui.
- Paul ! Réagis enfin !
Je crois qu’à ce moment-là je regarde la cage, vide. Et la porte, ouverte, avec son loquet branlant.
- Ton piaf, c’est toi qui l’a voulu !
Et, au moment même où elle prononce ces paroles, une vibration de l’air me tire de mes pensées. Puis, un frôlement discret, le contact d’une plume. Je suis le vol de l’oiseau qui, à présent posé sur l’encadrement de la porte, semble hésiter. Comme s’il ne savait pas ce qu’il devait faire à travers cette agitation, comme s’il se demandait s’il pouvait croire à cette liberté gagnée.
- Paul ! Les plumes dans la cuisine ! Ça salit les oiseaux !
Je me hisse sur la pointe des pieds, tends un bras, une main, un doigt et j’espère alors que mon canari m’obéira.
À ce moment-là, je m’en souviens très bien, maman, tel un guerrier en pleine bataille, brandit son balai vieilli par le temps. Et, dans un basculement diabolique, envoie par-dessus sa tête les brins de paille drus pour prendre de l’élan. Et je sens la poussière qui s’envole lorsque l’arme de maman s’écrase brutalement contre la porte.
Un faible mouvement vibratoire me fait rouvrir les yeux lorsqu’il fend l’air. Il s’envole pour se reposer quelques instants plus tard au même endroit.
- Paul ! Attrape-le !
Et une nouvelle fois, d’un mouvement rapide et nerveux, l’oiseau jaillit de son perchoir, bat furieusement des ailes comme jamais il ne l’a fait, tourne au-dessus de la table dressée, un tour, puis deux. Là, il accélère, et dans un bruit de fouet étouffé, atterrit sur le barreau à l’entrée de sa cage.
Enfin, j’enferme Piou dans sa prison métallique, protectrice, et j’entends maman qui se lamente :
- Paul, si ton père savait… »
Je remercie infiniment Paul pour cet épisode de vie partagé et choisi par ses soins.
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